Icinori - Séoul

Vernissage jeudi 22 octobre
Exposition du 23 octobre 2020 au 2 janvier 2021
Dédicace samedi 19 décembre 2020 à partir de 15h

A propos

Création en duo, contrôle de la chaîne graphique depuis le dessin jusqu’à son impression en multiples, fascination pour l’expression populaire, volonté farouche d’épure : Icinori – autant dire Mayumi Otero et Raphaël Urwiller – occupe une place à part au royaume des arts plastiques. Leur Louis Vuitton Travel Book consacré à Séoul exprime en plein cette approche singulière et séduisante.

Séoul est une ville fragmentée et unique. Cette identité fait-elle écho à celle de l’artiste ? Si Mayumi Otero, composante féminine de ce duo qui est aussi un couple, a des racines asiatiques, son alter ego Raphaël Urwiller précise : « On ne s’intéresse pas à l’Asie parce que Mayumi est japonaise. Il y a un effet de miroir entre notre relation à deux et notre travail commun. » Ils se sont rencontrés à Strasbourg sur les bancs de HEAR, la Haute École des Arts du Rhin. Dans ses ateliers, Mayumi et Raphaël ont effectué leur « tour de France », entre art et artisanat. Pour eux, tout part du dessin et y revient. Mixant techniques de pointe et tradition, ils parlent avec émotion de l’imagerie populaire ancienne : leur idéal, c’est la fabrication d’images sans auteur où chaque intervenant ajoute sa patte. C’est pourquoi l’une et l’autre se saisit du carnet de son partenaire, découpe, photocopie, recolle. C’est aussi pour cela qu’ils ont choisi un nom commun.

Cette voie – au sens asiatique – est celle de la réduction. Partant du foisonnement qu’offre le réel, Icinori vise la simplicité, mixant esprit de précision, fébrilité et étrangeté. Séoul était la matrice idéale pour ce premier gros travail extérieur à l’illustration presse – au thème forcément imposé – comme à l’œuvre personnelle – régie par la seule imagination. Au total, Icinori aura passé quatre mois à Séoul : « C’est une ville de maquettes », énonce l’artiste. Cette sensation, il l’exprime en flanquant l’entrée monumentale du marché de Tongin d’un pot à pinceaux géant. En faisant voisiner à la même hauteur buildings et plantes d’intérieur. En lâchant la bride à sa fascination pour le chaekgeori, cette peinture classique où « des livres et des choses » s’accumulent en trompe-l’œil sur des étagères. En saisissant des scènes infimes, jeune femme se régalant de street-food, bain public, calmes marcheurs pour la paix, ouvriers posant des câbles dont les spires rappellent le maedeup, le vieil art du nœud décoratif. Et bien sûr, passion de l’artiste pour le papier et ses multiples, un imprimeur réglant sa machine.

Pour composer cette exposition, Icinori est reparti de ses originaux au crayon et les a enrichis, « donnant ainsi deux vies différentes au même dessin. » Une stalle du marché aux poissons de Séoul, d’un orange chaud dans les pages du Travel Book, acquiert sur les murs de la Galerie Martel une tonalité bleu glace. « Cela tient du jeu », remarque l’artiste. Les amis coréens d’Icinori ne s’y sont pas trompés : « Ils nous disaient, ‘Personne ne sait à quoi ressemble Séoul. Séoul n’a pas d’image. Vous allez lui en donner une. Ne vous plantez pas.’ Lorsqu’ils ont découvert notre travail, ils ont reconnu l’esprit de leur ville. »

François Landon

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