BRUXELLES

ICINORI
Le Jardin
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Vernissage en présence de l’artiste
le samedi 18 avril à partir de 15h
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Séance de dédicaces
le samedi 18 avril à partir de 15h
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Exposition
du 18 avril au 06 juin 2026
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MARTEL BRUXELLES | chaussée d’Ixelles 337 | 1050 Bruxelles
La galerie Martel est heureuse de vous présenter, pour la première fois en Belgique, l’exposition Le Jardin du duo ICINORI.
Pour sa deuxième exposition avec la galerie Martel, et la première en Belgique, Icinori présente Le Jardin, un ensemble de dessins inédits qui marque une étape décisive dans le parcours du duo formé par Mayumi Otero et Raphaël Urwiller, avant peut-être de se lancer dans de plus grands formats (Ici la grande majorité des pièces est réalisée sur Arches).
Depuis Travel Book Seoul, présenté à la galerie à Paris en 2020, leur travail s’est déplacé, affiné, enrichi, sans jamais renier ce qui en constitue le socle : un goût profond pour la narration ouverte, les territoires mentaux et le plaisir de proposer des images étranges et surprenantes.
Le Jardin n’est pas ici un motif décoratif ni un espace domestiqué. Il est un lieu paradoxal, à la fois sauvage et théoriquement maîtrisé, propice à l’émergence de récits fragmentaires, de scènes suspendues, parfois inquiétantes, souvent oniriques. Les jardins d’Icinori n’ont rien de versaillais : ce sont des architectures un peu perdues, des maisons réelles ou imaginées, des usines envahies par la végétation, des jungles où la nature semble avoir repris ses droits. Des lieux que l’on croit reconnaître sans jamais totalement les comprendre, situés quelque part entre l’Asie de l’Est — Japon, Corée, Taïwan — et un espace du rêve, à l’heure incertaine « entre chiens et loups ».
Leur palette, immédiatement reconnaissable — rose, bleu, vert, orange — s’ouvre désormais à de nouveaux équilibres. Avec l’arrivée de nouvelles tonalités, notamment le gris et le violet, les blancs prennent de l’ampleur, laissent circuler le regard, tandis que les perspectives se dérobent, parfois justes, parfois volontairement fausses, dans une filiation diffuse avec les estampes japonaises, le Quattrocento, ou certains peintres de la rêverie comme Gauguin ou Peter Doig. Rien n’est figé : le spectateur est invité à construire sa propre narration, à habiter les images, à s’y perdre.
À la lisière de l’illustration, de la bande dessinée et de la peinture, Icinori construit également pour cette exposition, un territoire singulier, peuplé de figures ambiguës — ni tout à fait humaines, ni tout à fait animales — des « wild men » surgissant de la forêt ou de la montagne, comme s’ils n’étaient pas encore revenus de la nature. Le spectateur est invité à y projeter sa propre narration à recomposer les histoires à partir d’indices visuels et d’atmosphères.
En filigrane, Le Jardin prolonge l’une des thématiques récurrentes du duo : une forme d’idéalisation de l’artisanat, non comme nostalgie mais comme résistance. C’est d’ailleurs en grande partie pour cette raison qu’ils continuent coûte que coûte l’auto-édition pour le plus grand bonheur de ceux qui les collectionnent.
À l’heure où les images se produisent et se consomment à une vitesse inédite, Icinori revendique le temps long du dessin, l’attention portée aux matières, aux erreurs, aux accidents — une réflexion que nourrit aussi leur intérêt pour les « bugs » de l’intelligence artificielle, observés sans jamais y recourir. Sélectionnés pour le parcours Art Faber du prochain Drawing Now, Mayumi Otero et Raphaël Urwiller affirment avec Le Jardin une œuvre arrivée à maturité, profondément contemporaine, qui laisse à chacun la liberté d’inventer sa propre traversée.
– écrit par Frédéric Bosser
Rédacteur en chef des Arts Dessinés

La maison aux chiens; Homme Sauvage; Homme Sauvage©ICINORI / Courtesy Galerie Martel