Charles Burns - Love Nest

Du 21 octobre au 3 décembre 2016

A propos

« Et, pressant ma main contre son visage, je sentis ses lèvres épaisses et lourdes, puis… »

Cette phrase est le seul texte de Love Nest, le livre entièrement muet de Charles Burns dont la galerie Martel expose les originaux. Des mots qu’une lectrice solitaire découvre au fil de l’un de ces comics à la guimauve dont l’auteur a fait l’une de ses sources d’inspiration. Love Nest se compose de 120 dessins au format carré – authentiques cases de comics, que Burns a pliées à son style et à son imagination. Ces cases sont présentées deux par deux. Qu’est-il arrivé entre la première et la seconde case ? Au regardeur de combler ce vide narratif pour construire ces 60 histoires.

Des images nécessaires à ses constructions, Burns en possède des milles et des cents. Tirées de Tintin, qu’il découvrit à l’âge de la maternelle. Ce Tintin hante les pages de Vortex, la reprise des décors et arrières-plans de la trilogie Toxic, dont la galerie Martel expose également les originaux. D’autres images sont nées de la rencontre de Burns avec Mad Magazine, les EC Comics, les films de Corman. Plus tard, il dévorera William Burroughs : le gentleman junkie est un visiteur récurrent de son monde. La deuxième couche de cette culture viendra des Seventies, avec les comics à l’eau de rose, les récits noirs, le cocktail de fantasme et de quotidien, le kitsch des catcheurs mexicains, les Vierges à l’Enfant et les cœurs transpercés. Le tout palpite au tempo poisseux de la séduction, de la fécondation, de l’enfantement, de la paternité.

Quel trajet l’a conduit à cette perfection unique ? Il naît en 1955. Vers 1965, sa famille s’installe à Seattle, dont la banlieue servira de cadre au roman graphique Black Hole. Burns y laisse éclater la souffrance sourde de l’adolescence américaine. Auparavant, il a décroché son Master of Fine Arts, puis rencontré Art Spiegelman et Françoise Mouly, qui lui ouvrent les pages de RAW. En Europe, il se rapproche du collectif Valvoline, publie dans Frigidaire, El Vibora, Metal Hurlant. Aux Etats-Unis, il travaille pour Rolling Stone, le New Yorker, le New York Times Magazine, Time. Enfin, avec ToXic, il dissèque sous une autre forme les tourments de l’adolescence et égare le lecteur entre ses multiples univers. Ici, la question n’est plus de savoir où est le réel, mais où est le normal.

Vortex, ce point d’orgue de ToXic, est un tourbillon d’images. « Je crois qu’il a voulu explorer son univers à la façon d’un collectionneur », note Jean-Louis Gauthey, son éditeur. Ou offrir au lecteur un regard dégagé des exigences de l’intrigue. Quoi qu’il en soit, l’œuvre de Burns est le fruit de la saturation visuelle dans laquelle il s’absorbe depuis toujours. L’une des pages finales de Vortex le dit : « C’est tout cela qui me colle à la peau… Les mêmes mots, les mêmes images, encore et encore… Parfois je crois les découvrir pour la première fois… À d’autres moments, ça ressemble davantage à un disque cassé, à une bande magnétique en boucle… Un écho qui n’en finit pas. »

© François Landon

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