GARY PANTER

Exposition du 17 mars au 29 avril 2023
Vernissage le jeudi 16 mars à partir de 18h

 

Un peintre et un dessinateur. Un graphiste et un guitariste rock : tel est le foisonnant Gary Panter. Associé à l’aventure de RAW, ce pilier punk du postunderground fait partie du cercle restreint des empêcheurs de créer en rond. Chez Panter, l’expérience ne tourne pas en boucle : elle tourbillonne. C’est sans doute ce qui permet à l’artiste de se renouveler sans en avoir l’air, sans jamais renier ses sources ni quitter son masque trash, rebelle et drôle. Pour preuve, cette série de 40 couvertures et pages de Comics classiques, tunées, trafiquées, détournées à loisir par un Gary Panter en pleine forme.

Une suite surprenante que la Galerie Martel aura le vif plaisir de présenter à partir du 17 mars 2023. Ici, un Superman touché par le
« virus X » vit ses dernières heures derrière les vitres d’une chambre d’isolation. Brandissant son testament, il salue ses frères super-héros. Cachet de la DC, mention du prix (twelve cents) et sceau de la Comic Code Authority, rien ne manque… Couleurs et attitudes sont réglementaires. L’ajout, par rapport au modèle ? Le dessin semble émaner de la main et du cerveau d’un collégien talentueux et mal dans sa peau, biffures rageuses au Bic rouge et inscription tremblées à la clé. L’oeuvre est juste, bourrée d’énergie, et prend l’air d’un prototype pour les BD que la DC et Marvel consacreront au Kryptonite.

Yogi l’Ours, Elmer, Daffy, Donald, Tom et Jerry flanqués des deux molosses Bop et Be-Bop, le trio de Krazy Kat — et bien d’autres — ont eux aussi quitté leurs illustrés pour s’installer à leur vraie place, dans les marges d’un cahier de classe. Ailleurs, des fresques tumultueuses et enfantines campent des Sioux, des cow-boys, des tyrannosaures.

Panter, né le 1er décembre 1950 en Oklahoma, a forcément bavé devant ces horribles chemisettes imprimées à la gloire de l’Ouest. Comme tous les mioches de son époque. Qu’est-ce qui l’a mis sur ses rails ? D’abord, son père. Un gérant de « Variety Store », autrement dit de Toupourien, dans une ville moyenne du Texas où la famille s’était installée. Après la fermeture, le petit Gary se jette sur les comics. A côté, en prime, il y a les magazines réservés aux hommes. Aventure, frisson et sexe, pin-ups livrées aux crocodiles ou larguées nues dans le désert.

Cette imagerie-là, Panter va la réinterpréter toute sa vie, y mêlant les aliens sur papiers de bonbons vintage, les figurines… Autant de catalyseurs de rêverie. La seconde chance paradoxale de Gary est d’avoir été élevé selon les préceptes aussi austères que déjantés de l’Église du Christ. Elle lui offrira un carcan contre lequel se rebeller. Ainsi, la congrégation encourage le chant mais bannit les instruments : longtemps, l’artiste sera un musicien coupable. Si aujourd’hui il tient son rang dans des domaines aussi dissemblables que la peinture, la bande dessinée, la pochette d’album, le décor, le design, le graphisme commercial – avec de régulières incursions du côté du light-show et de la musique – c’est qu’il a su transformer en tremplins ce qui, pour d’autres, aurait pris le visage d’un étouffoir appauvrissant.

Études de Beaux-Arts à l’East Texas State University en 1977, et il file à LA. Il a dix-sept ans. Il monte sa première vraie exposition de peinture, dessine les affiches et les flyers de The Germs, The Screamers et autres groupes punk West Coast. Il rencontre Paul Rubens, alias Pee-Wee Herman, avec qui il travaillera étroitement : les décors qu’il réalise pour le show télé Pee-Wee’s Playhouse lui vaudront trois Emmy Awards. Surtout, il crée Jimbo, personnage à cheveux en brosse et nez en trompette, un mix de punk et de plouc qui est son alter ego.

Durant les Eighties, outre des pochettes pour les Red Hot Chili Peppers, Frank Zappa (qui apparaît dans une aventure de Jimbo) et les Residents (avec lesquels il fera de la musique), il peint frénétiquement. Ce talent et cette fougue ne pouvaient que croiser le chemin de RAW, le magazine dont Art Spiegelman et Françoise Mouly tenaient la barre.

Aujourd’hui, à soixante-treize ans, Gary Panter continue de ne dormir que quatre heures par nuit : il a besoin de produire, encore et encore, et de gratter sa guitare (« posée à trois mètres de mon pinceau »), de peindre sans relâche, de dessiner sans répit… Bref, de toujours surfer avec le même brio à l’interface de l’expression populaire et de l’art.

François LANDON