HUGUES MICOL

Exposition du 17 avril au 6 juin 2015

 

 

Après Richard McGuire et son roman graphique à explorer le temps, la Galerie Martel accueille un créateur doué d’une autre ubiquité : élégant et surprenant, sautant de l’art à la BD, du noir et blanc de haute volée à d’impeccables planches en couleur directe, Hugues Micol accroche aux murs de la Galerie Martel les travaux phares de sa carrière, et surtout une suite d’originaux dont des taches de couleur involontaires ont esquissé les personnages. Comme dans son album Providence. Comme dans la forme des nuages, là-bas, les merveilleux nuages… Explication.

« J’ai joué le touriste, en sortant de Penninghen… » La traversée de ses premiers boulots fait encore rire Hugues Micol : dessins de mode, illustrations pour feuilles de chou, ou soirées à croquer les night-clubbers, déguisé en Van Gogh. Nez au vent, sans préparation – mais pas sans parrainage : le Giraud découvert gamin dans L’Aigle solitaire, avec « la crasse, les gueules burinées, la sauvagerie.» Ou le José Muñoz flamboyant d’Alack Sinner, avec ses noirs et blancs puissants. Micol y ajoute le Jack Kirby de Captain America et des Fantastic Four, « avec son monde bondissant, aux détails réalistes et fantaisistes. J’aime son côté enfant. »

 

1 – Le chien dans la vallée de Chambara, 2011 (couverture)
encre, aquarelle et gouache sur papier
32,5 x 46 cm

2 – Bob, 2015
aquarelle et gouache sur papier
47 x 62 cm

3 – Billy, 2015
aquarelle et gouache sur papier
47 x 62 cm

 

 

Découvrant le pop art, Micol hissera Kirby à la hauteur d’un Tom Wesselman, d’un Peter Blake – et surtout d’un David Hockney. Quant à Ralph Steadman, sa liberté technique fera rêver l’artiste d’une carrière d’illustrateur : « pour reproduire un nuage de sang, on n’a pas trouvé mieux que de projeter de l’encre avec une brosse à dents », sourit-il encore, évoquant son besoin d’énergie, de démesure, de grotesque au sens premier – forces qu’il trouve bien sûr chez Steadman et Giraud. Tout ce qui reste d’eux dans son travail, comme subsiste du Big Bang le rayonnement fossile, c’est peut-être une violence mise en scène, celle de ce rock que l’artiste écoute, de solos en impros.

« Quand je me suis tourné vers la BD, je me suis lancé seul dans 3 – un album muet, sans crayonnés. L’idée était de partir de la première case à main levée. Et l’enjeu, de finir la bande. » Puis 3 et son Tokyo futuriste ont été suivis de Séquelles et de Tumulte (à paraître). Une trilogie psychédélique issue de cette science-fiction que Micol affectionne aussi sous d’autres formes, le pulp X de La Planète des Vülves ou le tout récent Printemps humain – un space opera très travaillé dans la forme et le fond, narrant la révolte des Terriens contre leurs colonisateurs. Les autres totems de Micol sont issus de la même culture périphérique. D’abord, les samouraïs : « pour les Occidentaux, ce sont juste des chauves en jupe-culotte ! Alors que le combat au sabre offre la plus belle chorégraphie qui soit. » Des Contes du 7ème souffle – très inspiré par le cinéma nippon classique – au Chien de Chambara – qui tient, lui, plutôt de Kwaïdan et de ses fantômes -, tout le soin est mis à déformer – à hockneÿser, comme plaisante Micol – cette base populaire : « J’aime ça parce que c’est risqué », sourit encore l’artiste. « Mais si j’étais vraiment suicidaire, je peindrais des clowns, comme Bernard Buffet. »

Cow-boys et flics suivent le traitement des samouraïs. L’artiste leur a joint des guitar heroes, sur des carnets qu’il remplit « à temps perdu. » Dans ce travail, Providence est venu comme une respiration. Une suite de portraits de groupe, ni tout à fait mêmes, ni tout à fait autres. Leurs personnages changent subtilement. Holsters, tatouages, Stetson, Colt 45 ou 357, la panoplie tourne au fil des pages. Seules constantes, les cartons de pizza, un livreur, un chien en T-shirt. « La technique décide », dit Micol. « Je trace des formes abstraites à l’aquarelle, puis je vais dans le sens de ce qu’elles évoquent. En voiture, je ne peux m’empêcher de trouver à quoi ressemblent les nuages… C’est le même principe pour les originaux exposés Galerie Martel. Je modifie longtemps. Un Chinois devient une fille. Un type en vert, un ange. Au fond, c’est un travail récurrent. Ça ne me surprendrait pas de retrouver des chiens en T-shirt dans mes cahiers d’enfant. »

François Landon